Amorgos, perle sauvage des Cyclades
Si vous pensez avoir tout vu des Cyclades en visitant Santorin ou Mykonos, détrompez-vous. Il existe une île où le temps semble suspendu, où les falaises plongent dans une mer translucide et où l’hospitalité n’a pas encore été absorbée par le tourisme de masse. Cette île, c’est Amorgos.
Nichée à l’extrême est de l’archipel cycladique, Amorgos est restée à l’écart des radars, conservant son caractère brut et son héritage byzantin. Ici, pas de clubs branchés ou de plages bondées, mais des chemins muletiers, des monastères perchés et des criques secrètes accessible à pied ou par bateau.
Prêt pour une immersion dans une Grèce authentique, entre beauté sauvage et spiritualité ancestrale ? Suivez-moi, je vous emmène explorer cette île envoûtante, aussi belle que mystérieuse.
Le charme discret d’Amorgos
Amorgos, c’est une île qui séduit sans en faire trop. Sur ces terres battues par les vents, la beauté est brute, sans fioritures. Il y a quelque chose d’organique dans les paysages ici : des montagnes arides, des sentiers escarpés, des villages blanchis à la chaux qui semblent accrochés à la roche.
La première chose qui frappe en arrivant, c’est cette atmosphère paisible, presque méditative. On oublie vite la notion de temps. Dans les ruelles silencieuses de Hora, la capitale de l’île, chaque maison semble raconter une histoire. Les chats dorment à l’ombre des bougainvilliers, les papous se saluent sur les placettes, et les tavernes diffusent des effluves d’anis, d’origan et de poisson grillé.
Hora : un village suspendu dans le passé
Impossible de parler d’Amorgos sans évoquer Hora. Ce village est un petit chef-d’œuvre d’architecture cycladique, perché à 400 mètres d’altitude, loin de la côte. Il n’y circule aucune voiture (et c’est tant mieux) : on y déambule à pied, au gré des pentes, en croisant des moulins restaurés et de discrètes chapelles vêtues de chaux blanche.
L’un des meilleurs moments pour découvrir Hora est le début de soirée, quand le soleil couchant dore les façades, et que la fraîcheur invite à s’installer en terrasse. Je vous recommande la taverne « Loulou » pour leur raki local et leurs feuilles de vigne farcies. À noter : le raki à Amorgos est plus doux qu’ailleurs et souvent aromatisé avec des herbes des montagnes.
Monastère de Hozoviotissa : l’escalier vers les cieux
S’il ne fallait voir qu’un lieu à Amorgos, ce serait sans conteste le monastère de Panagia Hozoviotissa. À flanc de falaise, 300 mètres au-dessus de la mer Égée, ce monastère blanc, fondé au XIe siècle, semble littéralement fusionné avec la roche. On dirait presque un décor de film. Et d’ailleurs, il l’a été : des scènes du Grand Bleu de Luc Besson ont été tournées ici.
La montée est courte mais abrupte : près de 300 marches à gravir. Mais quelle récompense ! À l’intérieur, une poignée de moines vous accueillent avec sourire, loukoum à la rose et raki. Les murs sont tapissés d’icônes byzantines, certaines datant du XIIe siècle. Le vrai trésor, cela dit, c’est la vue. Silence absolu, mer d’azur, falaises vertigineuses. On se sent minuscule et apaisé.
Les trésors cachés de la nature amorgienne
Ce qui attire à Amorgos, au-delà du patrimoine religieux, c’est sa nature indomptée. L’île est un paradis pour les randonneurs. Des sentiers ancestraux, appelés monopatia, sillonnent l’île d’un bout à l’autre, reliant des villages oubliés aux criques secrètes.
Parmi les randonnées les plus mémorables :
- De Hora à Katapola : traversée époustouflante entre les montagnes, offrant des vues plongeantes sur la mer.
- De Langada à la chapelle de Theologos : un sentier mystique à travers les terrasses en pierre et les oliveraies – idéal à faire au lever du soleil.
- Crique d’Agia Anna : petit bijou aux eaux cobalt, à quelques minutes à pied du monastère Hozoviotissa. Parfaite pour se rafraîchir après l’ascension !
Et si vous avez des envies de baignade sans trop marcher, rendez-vous à Aegiali. Cette zone au nord est plus accessible, avec quelques plages de sable et des bars de plage au style bohème. Idéal pour un après-midi détente après une bonne marche.
Patrimoine byzantin : Amorgos côté spiritualité
Outre Hozoviotissa, l’île regorge d’églises et de chapelles anciennes, souvent isolées, et parfois difficilement accessibles, comme si elles s’étaient cachées volontairement du monde. Ces lieux de culte sont de véritables capsules temporelles, où dominent les fresques byzantines fanées et la lumière tamisée des cierges.
L’un des joyaux méconnus est l’église de Agios Georgios Valsamitis, construite sur les ruines d’un ancien oracle d’Apollon. Située à 3 km de Hora, elle incarne parfaitement la continuité entre la Grèce antique et l’orthodoxie chrétienne, si propre à cette région des Cyclades.
Et puis, il y a ces fêtes religieuses, les panigyria, où l’île vibre au rythme des violons, des chants liturgiques et de la danse. Si vous passez à Amorgos autour du 15 août, ne manquez pas la grande fête de la Dormition de la Vierge : tout le monde y est convié, locaux comme voyageurs.
Un art de vivre en harmonie avec les éléments
À Amorgos, on vit avec la mer et le vent. Les journées s’écoulent lentement, entre randonnée, baignade, lecture et repas partagés. Ici, la gastronomie suit le rythme de la nature. Les plats sont simples mais pleins de caractère : fava, câpres confites, chèvre frais, ragoûts d’herbes sauvages… et l’indispensable patatato, un plat emblématique à base de chèvre mijotée et pommes de terre, préparé lors des fêtes villageoises.
Les producteurs locaux sont fiers de leurs produits. N’hésitez pas à vous arrêter dans une distillerie de psimeni raki, spécialité d’Amorgos à base de miel, cannelle et plantes de montagne. Cette liqueur douce est servie aussi bien en apéritif qu’en digestif… parfois les deux.
Quand et comment visiter Amorgos ?
Le meilleur moment pour découvrir Amorgos reste le printemps (mai-juin) ou le début de l’automne (septembre), quand les températures sont agréables, les chemins fleuris ou dorés, et les villages encore animés sans être assaillis.
🚌 Accès : Il n’y a pas d’aéroport sur l’île. Le plus simple est de prendre un ferry depuis Le Pirée (Athènes), pour une traversée de 5 à 8 heures selon le bateau, ou depuis Naxos et Paros, avec des liaisons plus rapides. Deux ports principaux desservent l’île : Katapola (plus central) et Aegiali (au nord).
🚘 Transport sur place : Louer un scooter ou une petite voiture vous permettra d’explorer l’île à votre rythme. Les bus locaux fonctionnent bien l’été, mais restent limités en hors-saison.
🏨 Où dormir ? Des pensions familiales aux petits hôtels de charme, vous trouverez facilement un hébergement authentique à Hora, Katapola ou Aegiali. Pour les amateurs de tranquillité, pensez à Tholaria ou Langada, deux hameaux de montagne charmants.
L’écho d’un autre monde
Amorgos n’est pas une île pour ceux qui cochent frénétiquement des cases de « sites à voir » ou qui recherchent l’agitation des destinations à la mode. Non, c’est une île pour ralentir, respirer profondément, se perdre – et peut-être même se (re)trouver.
En quittant Amorgos, vous n’emporterez peut-être pas de selfie devant un monument connu, mais vous partirez avec bien plus : les senteurs du thym chauffé au soleil, le souvenir d’un lever de lune sur la mer Égée, ou encore ce moment suspendu dans la chapelle d’un monastère silencieux.
Et si finalement, voyager en Grèce, c’était ça : aller là où l’âme se sent chez elle ?