Un archipel à part : le charme discret du Dodécanèse
Il y a les Cyclades, clinquantes sous les flashs Instagram. Il y a la Crète, monumentale, incontournable. Et puis il y a le Dodécanèse. Un chapelet d’îles qui étendent leur beauté entre mer Égée et côtes turques, aux confins orientaux de la Grèce. Moins connues que leurs cousines, elles n’en sont pas moins fascinantes. Bien au contraire : c’est justement leur discrétion qui en fait tout le sel.
Le Dodécanèse, ce sont 12 îles principales (comme son nom l’indique en grec : dódeka-nousía, « douze îles »), mais une constellation d’îlots, de criques oubliées, de villages suspendus dans le temps et de plages à faire pâlir les Maldives.
Mais alors, où poser son sac pour une aventure inoubliable ? Voici un tour d’horizon (subjectif, mais sincère) de quelques joyaux du Dodécanèse à ne surtout pas manquer.
Rhodes, la grande dame
On commence par la plus célèbre : Rhodes. Si vous débarquez pour la première fois dans l’archipel, Rhodes est un excellent point d’ancrage. En plus d’être accessible (vols directs, ferries fréquents), elle offre un mélange unique de plages, d’histoire et de vie nocturne.
La vieille ville médiévale de Rhodes, classée au patrimoine mondial de l’UNESCO, est un voyage à part entière. Remontez les ruelles pavées jusqu’au Palais des Grands Maîtres, perdez-vous dans un labyrinthe d’échoppes et de tavernes, puis goûtez à un petit verre d’ouzo au coucher du soleil, face à la mer.
Mais Rhodes, ce n’est pas que son passé de croisée. C’est aussi l’émerveillement sauvage de la vallée des Papillons, la sérénité de Lindos perchée sur sa colline blanche, ou encore l’échappée vers les criques secrètes du sud comme Prasonisi.
Symi, l’élégante pastel
À seulement une heure de bateau de Rhodes, Symi est l’île qui fait chavirer les cœurs. À l’arrivée, on est saisi par le tableau : un port en amphithéâtre, bordé de maisons néoclassiques aux couleurs pastel, reflet d’un passé riche marqué par le commerce et la construction navale.
On ne vient pas à Symi pour la plage (même si certaines, comme Agios Nikolaos, sont ravissantes), mais pour l’atmosphère. Ici, on prend le temps. On lézarde en terrasse, on se perd dans les ruelles escarpées, on grimpe jusqu’au monastère de Panormitis, perché au sud-ouest de l’île, et l’on déguste des symiako garidaki, ces minuscules crevettes croustillantes, uniques au monde.
Attention : on tombe vite amoureux de Symi. Et on y revient.
Karpathos, l’île farouche
Karpathos, c’est un peu l’île fière du Dodécanèse. Coincée entre Rhodes et la Crète, elle a gardé un caractère brut, presque indompté. Les montagnes y tutoient les cieux, les villages sont souvent reculés, accrochés à flanc de falaise. L’île a longtemps été isolée, et cela se ressent encore aujourd’hui dans la langue, le costume traditionnel, les fêtes.
Le village d’Olympos est un trésor ethnographique : les femmes y portent encore les habits d’antan lors des fêtes, et les traditions sont jalousement préservées. L’idéal est d’y arriver au petit matin, quand les rues sont encore calmes, et de déguster un café grec en regardant les nuages glisser au-dessus de la mer.
Karpathos offre aussi des plages spectaculaires, comme Apella ou Kyra Panagia, souvent vides hors saison. Les amateurs de randonnée y trouveront également des sentiers parmi les plus beaux de l’archipel.
Kastellorizo, le bout du monde
Imaginez une île minuscule, posée à quelques encablures des côtes turques. Une poignée de maisons colorées, un port d’un calme olympien, et un nom qui sonne comme un murmure : Kastellorizo.
Cette île est un secret bien gardé. Rendu célèbre par le film Mediterraneo, le lieu a pourtant gardé son âme. Il n’y a pas de plages, ou du moins pas au sens classique. On plonge depuis les quais, ou bien on part en bateau vers les criques voisines. On visite la grotte bleue, l’une des plus grandes grottes marines d’Europe, et on discute en taverne avec les quelques habitants à l’année — souvent plus de chats que d’humains.
C’est l’île des poètes, des rêveurs, des amoureux de la lenteur. Une escale que l’on n’oublie pas facilement.
Leros, l’insoupçonnée
Encore épargnée du tourisme de masse, Leros séduit par sa douceur et sa complexité. L’île a un passé lourd — elle fut une base navale italienne, puis un hôpital psychiatrique. Mais elle renaît aujourd’hui dans une ambiance presque bohème.
Agia Marina, son port principal, est un petit bijou. Les maisons colorées, d’inspiration vénitienne et néoclassique, rappellent Symi mais en version plus discrète. Un tunnel souterrain, vestige de la Seconde Guerre mondiale, relie d’ailleurs plusieurs quartiers, comme un rappel des strates d’histoire qui composent l’île.
Leros est également une bonne base pour explorer les îlots voisins – Lipsi, Arkoi ou encore Agathonisi – tous parfaits pour une excursion à la journée, un poisson grillé les pieds dans l’eau, et un bain de mer en toute intimité.
Patmos, l’île mystique
Patmos n’est pas une île comme les autres. Surnommée la « Jérusalem de la mer Égée », elle abrite la grotte de l’Apocalypse où, selon la tradition chrétienne, Saint Jean aurait rédigé son fameux texte biblique.
Le monastère de Saint-Jean-le-Théologien, perché au-dessus de la ville fortifiée de Chora, domine l’île comme une citadelle. Le site attire chaque année des pèlerins du monde entier, mais Patmos séduit au-delà de la ferveur religieuse.
Ses plages subtiles (Psili Ammos, Lambi), ses villages discrets et son ambiance à la fois spirituelle et artistique en font un havre de paix. C’est l’île des écrivains, des musiciens de passage, de ceux qui cherchent l’inspiration au bord de l’azur.
Astypalée, entre Égée et Cyclades
Située à la limite entre les Cyclades et le Dodécanèse, Astypalée est un pont entre deux mondes. Sa forme en papillon, ses maisons blanchies à la chaux, son chora dominée par un château vénitien lui donnent une allure cycladique, mais son coeur reste bien ancré dans le Dodécanèse.
Peu touristique, elle séduit les voyageurs en quête d’authenticité. Les plages comme Livadi ou Kaminakia sont superbes, souvent désertes en semaine. On grimpe le soir dans les ruelles du bourg principal, appareil photo en main, pour capturer les moulins à vent à l’heure dorée.
Et si l’envie vous prend de vraiment décrocher, louez un scooter et partez à l’aventure sur ses routes sinueuses. Ici, même les chèvres ont l’air méditatives.
Quelques tips pour explorer le Dodécanèse
- Préférez le printemps ou l’automne : moins de monde, des températures douces, et une lumière incomparable.
- Optez pour le ferry : les traversées entre les îles sont fréquentes (notamment depuis Rhodes ou Kos), et permettent de savourer la mer Égée à un autre rythme.
- Ne cherchez pas la perfection : ici, pas de clubs all inclusive ni de plages standardisées. Le charme réside dans l’imprévu, le détail, la discussion impromptue au détour d’une taverne.
- Louez un véhicule : sur les îles plus grandes (Karpathos, Rhodes, Patmos), une voiture ou un scooter vous offrira une belle liberté.
- N’hésitez pas à séjourner chez l’habitant : certaines îles (notamment Leros et Symi) regorgent de petits hébergements familiaux, où l’accueil est aussi généreux que la salade grecque.
Un archipel pour voyageurs curieux
Le Dodécanèse ne se donne pas au premier regard. Il faut savoir l’explorer, l’écouter, parfois même le provoquer. Mais celles et ceux qui s’y aventurent sont souvent récompensés au centuple.
Alors, pourquoi ne pas délaisser les sentiers battus l’espace d’un été ? Prenez votre sac, une carte maritime, et laissez-vous porter de port en port, d’île en île, au rythme des vagues et des rencontres. Après tout, n’est-ce pas cela, aussi, la Grèce vraie ?
