Perchée sur la côte est du Péloponnèse, dans le golfe Argolique, Nauplie est l’une de ces perles méconnues qui mériterait d’être la star de tous les guides touristiques. Et pourtant, Nauplie cultive discrètement son charme. Ici, le bleu profond de la mer Égée rencontre les teintes chaudes de ses maisons néoclassiques, sur fond d’histoire grecque à chaque coin de rue. Si vous aimez les villes à taille humaine, les ruelles pavées où flotte une odeur de jasmin, et les récits d’hommes et de batailles qui ont changé le destin d’un pays, vous êtes au bon endroit.
Un décor entre montagne, mer et forteresses
Avant même d’avoir mis un pied dans Nauplie, vous êtes accueilli par les silhouettes massives de ses deux forteresses : Palamidi et Acronauplie. La première, indissociable de la ville, trône à 216 mètres au-dessus de vos têtes. Elle vous nargue avec ses 857 marches (certains en comptent moins, mais une chose est sûre : ça grimpe). La vue au sommet balaie non seulement la ville, mais aussi la mer d’un côté et les montagnes de l’autre. Un conseil ? Montez tôt le matin pour éviter la chaleur et croiser les joggeurs locaux, toujours souriants malgré la pente.
Palamidi est beaucoup plus qu’un simple point de vue. Construite par les Vénitiens au XVIIIe siècle, elle fut ensuite prise par les Ottomans, avant d’être le théâtre d’un moment crucial de l’indépendance grecque en 1822. Le héros Theodoros Kolokotronis – oui, encore un Théodore – y fut même emprisonné quelque temps. Marcher entre ses bastions, c’est presque entendre les murmures du passé.
De l’autre côté, Acronauplie est plus ancienne, plus mystérieuse. Occupée depuis l’Antiquité, elle fut tour à tour défendue par les Byzantins, les Francs, les Vénitiens et les Ottomans. Elle est plus sauvage et moins fréquentée, parfait pour ceux qui préfèrent les chemins de traverse. Le panorama sur la vieille ville et la baie y est tout aussi saisissant.
Le charme irrésistible de la vieille ville
Vous avez soufflé un bon coup après la montée de Palamidi ? Parfait. Place maintenant à la flânerie. La vieille ville de Nauplie est un labyrinthe de ruelles foisonnantes, où le rose des bougainvillées en cascade contraste avec les façades pastel des maisons. Les balcons en fer forgé rappellent l’influence vénitienne. Ici, pas besoin de plan. Laissez vos pas vous guider — au pire, vous tomberez sur une terrasse accueillante ou un glacier artisanal.
Ne manquez pas la place Syntagma, cœur vibrant de la ville et véritable musée à ciel ouvert. Elle est bordée par plusieurs bâtiments historiques impressionnants :
- La mosquée Trianon, du début de l’époque ottomane, aujourd’hui transformée en salle de spectacle.
- Le musée archéologique, installé dans un élégant bâtiment vénitien du XVIIIe siècle — idéal pour comprendre l’histoire de la région, de la préhistoire à Mycènes (située d’ailleurs à quelques kilomètres à peine).
- Le Voulí, ancien Parlement grec dans les premières années de l’indépendance — car oui, Nauplie fut la première capitale du pays, avant Athènes !
Entre deux visites, prenez le temps de goûter à un koulouri chaud ou une glace au masticha (résine de mastiha), sous l’ombre d’un platane centenaire. Vous verrez, Nauplie a ce don rare : elle ralentit le rythme du visiteur sans jamais l’ennuyer.
Bourtzi, le gardien de la baie
Impossible de visiter Nauplie sans jeter un regard curieux vers l’îlot qui se dessine au milieu du port. C’est Bourtzi, une ancienne forteresse vénitienne construite sur l’eau, comme un point d’exclamation au bout d’une phrase historique. Accessible en bateau depuis le vieux port, cette petite citadelle a servi tour à tour de prison, d’hôtel (!), et même de scène pour des concerts d’été. L’excursion est rapide mais absolument magique, surtout à l’heure dorée, quand la lumière joue avec les contours des créneaux.
Un carrefour de l’histoire grecque
Nauplie n’est pas qu’un décor de carte postale. Elle est profondément ancrée dans l’histoire moderne de la Grèce. Dès 1821, elle devient un bastion de la guerre d’indépendance en raison de sa position stratégique. En 1828, elle est choisie comme capitale du jeune État grec jusqu’en 1834. C’est ici que le premier gouverneur de Grèce, Ioannis Kapodistrias, fut assassiné – un tournant politique majeur. Vous pouvez d’ailleurs voir la maison de son meurtrier (ça ne s’invente pas), située non loin du centre historique.
Pour les passionnés d’histoire, le musée du Combiné de Guerre, installé dans une ancienne caserne, retrace cette époque bouillonnante de conflits et de renouveau. On y découvre les uniformes, les armes, les lettres et une foule d’anecdotes sur l’époque tumultueuse qui vit naître le pays moderne. Profondément émouvant.
Sentiers, plages et balades en bord de mer
Une fois que vous avez arpenté les ruelles, gravi les forteresses, et absorbé l’Histoire jusqu’à la dernière goutte, il est temps de respirer. Et pour ça, Nauplie a de quoi régaler les amateurs de nature et de détente.
La promenade d’Arvanitia, qui longe la falaise en partant du vieux port jusqu’à la plage du même nom, est un bijou. Comptez une trentaine de minutes de marche tranquille, ponctuée de bancs, de petites chapelles cachées dans la roche et d’ouvertures magnifiques sur la mer. Arvanitia Beach vous attend à l’arrivée : petite crique aménagée sous la forteresse Palamidi, parfaite pour une baignade rafraîchissante avec vue imprenable.
Si vous avez envie de prolonger la découverte, poussez un peu plus loin vers Karathona, une plage plus sauvage et étendue, idéale pour une après-midi au calme — même en été, elle reste relativement paisible comparée à d’autres plages du Péloponnèse.
Une base idéale pour explorer l’Argolide
Nauplie a un autre avantage : elle est une porte d’entrée sur toute la région de l’Argolide. En moins d’une heure de route, vous pouvez vous rendre :
- À Épidaure, site classé à l’UNESCO, pour admirer son théâtre antique à l’acoustique incroyable.
- À Mycènes, berceau de la civilisation mycénienne, où régna le légendaire Agamemnon.
- À Tolo, charmant village balnéaire, parfait pour une excursion à la demi-journée.
Vous êtes plutôt vin que vestiges ? Alors direction les vignobles de Nemea. La région produit quelques-uns des meilleurs vins rouges de Grèce. Le cépage Agiorgitiko y est roi, et de nombreux domaines proposent des dégustations directement dans les caves. Avis aux amateurs de crus bien charpentés !
Quand visiter Nauplie ?
Nauplie se visite toute l’année, mais chaque saison offre une facette différente de la ville :
- Le printemps (mars à mai) est sans doute le meilleur moment, avec ses fleurs en explosion et une météo douce, parfaite pour les randonnées.
- L’été attire les touristes grecs et quelques voyageurs bien informés, mais la ville ne connaît pas (encore) la foule d’Athènes ou de Santorin.
- En automne, les températures restent agréables, et les couleurs dorées des collines environnantes donnent un charme fou aux promenades.
- L’hiver est calme, presque silencieux — idéal pour une retraite paisible loin de l’agitation touristique.
Et puis, entre nous, Nauplie sous la pluie a aussi son charme. Les pavés brillent, les cafés se remplissent, et on n’est jamais trop loin d’une part de galaktoboureko pour se remonter le moral.
Nauplie, une émotion à vivre
Nauplie n’est pas une ville qui cherche à impressionner. Elle séduit autrement : par son histoire incarnée, ses ruelles pleines de poésie, la douceur de sa lumière en fin d’après-midi, et ce sentiment subtil mais tenace de bien-être que l’on ressent lorsqu’on s’y attarde. C’est un endroit qui vit à son propre rythme, entre hier et aujourd’hui, entre mer et mémoire. Et si vous êtes comme moi, vous n’y viendrez pas qu’une seule fois.
Alors, prêt à gravir les 857 marches de Palamidi ? Ou à simplement vous asseoir sur un banc, face à la mer, en écoutant les mouettes et les cloches d’église ? Nauplie, c’est tout ça, et plus encore.
